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La communication moi-l'autre

parle Dr P.-R. Bize

professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers.

Les problèmes que soulèvent les communications sont d'autant plus importants qu'elles constituent un phénomène absolument fondamental du point de vue social : sans communications, il n'y a pas de société possible, ni même de groupes de travail, de vie familiale, de progrès personnel. On peut ainsi définir les communications comme étant ce qui se passe entre les individus lorsqu'ils sont en présence, de l'un à l'autre, au fond d'eux-mêmes, voire de l'un par l'autre. La dyade moi-1'autre en est la forme la plus simple ; c'est donc par elle que l'on peut aborder le plus aisément cette question apparemment banale et pourtant des plus complexes ( 1 ).

Le modèle canonique des échanges et ses divers aspects

Le cerveau et, par implication et extension, la pensée peuvent être considérés comme des systèmes de communication, présentant effectivement un pôle récepteur ou psycho-sensoriel (R), un canal de transmission (T) et un pôle émetteur ou psycho-moteur (E).

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Dans ces conditions, deux individus A et Z en présence, ce sont deux systèmes de communication en vis-à-vis. Lorsque le sujet A dit quelque chose, le sujet Z devient récepteur, Z ayant alors réponse à donner se transforme en émetteur et A devient récepteur à son tour ; c'est ainsi que la conversation se constitue et, pendant toute sa durée, le cycle se poursuit, ce qui permet une figuration selon le schéma suivant :

Mais A et Z ne sont pas que des systèmes de type mécanique : ce sont des personnalités qui ont une finalité et donc des intentions propres, si bien que, derrière les termes du message émis, il y a toujours un but et que le message reçu pourra être accepté, mais aussi refusé ou tout au moins déformé. La partie T du système est alors plus qu'une simple phase de transmission, c'est une zone de transformation pouvant être la source de "bruits" sous la forme de distorsion du message ; P figurant la personnalité, le schéma devient le suivant :

Entre A et Z, d'ailleurs, communication n'implique pas obligatoirement communion ; tous deux disposent de moyens d'ego-défense destinés à protéger leur personnalité profonde, si bien que seules leurs zones de surface entrent en contact ; il n'y a alors qu'échanges d'attitudes et donc illusion de communication et non échanges intimes, communication réelle. Ce que l'on peut figurer ainsi :

L'erreur serait, par ailleurs, de considérer qu'un message ne consiste qu'en une série de mots ou d'images : quand je pense à une rose, certes le mot "rose" me vient à la pensée, mais je me représente aussi une rose, des roses, je les vois ; l'image m'est agréable, la rose symbolise pour moi la femme : comme elle, la femme est douce, fleure bon mais a des épines ; et j'ai besoin de cette rose, pour l'offrir ou orner mon bureau. Ainsi, la pensée procède et fait intervenir des plans divers, tant dans le monologue que dans le dialogue. Effectivement, toute communication peut faire intervenir différents niveaux : un niveau verbal, on parle avec des mots, des chiffres ; mais le mot prononcé peut l'être avec des intonations diverses qui reflètent les états affectifs que le mot suscite, il s'accompagne d'ailleurs de gestes, les uns explicatifs destinés à mieux se faire comprendre, les autres "impressifs" pour faire

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"impression" ; peut-être derrière ce plan affectivo-émotif, des sortes de "courants" aussi peuvent se produire qui, quasi télépathiquement, agissent sur l'auditeur quand celui-ci est en état de réceptivité de par la personnalité même de rémetteur quand celle-ci l'"attire" et qu'il sait la faire "vibrer". Tout dialogue, quel qu'il soit, fait toujours plus ou moins intervenir ces différents plans, et ceux qui croient qu'on ne parle qu'avec des mots perdent beaucoup de leur ascendant ; en deçà des mots il y a bien toute une musique, et c'est bien souvent elle qui nous ouvre à leur signification, bien plus que toutes les explications.

On peut aussi s'exprimer selon des styles différents ; les conversations peuvent prendre un tour académique, scientifique et,à l'extrême, pédant, abscons, — esthétique, visant à l'élégance et,à Fextrême,précieux, par trop snobr-enfin un tour imagé, cru et.à l'extrême,vulgaire et même incorrect. Selon l'interlocuteur, on ne saurait s'exprimer de la même manière ; à chacun il faut parler sa langue pour se mettre en résonance affective, sans cependant par trop faire abstraction de sa propre personnalité, de celle que l'autre s'attend à rencontrer en vous car la note serait fausse et vous seriez perçu comme tel.

On conçoit ainsi toutes les "pannes" qui peuvent survenir dans le circuit :

- Le sujet Z peut ne pas retourner de réponse à A ; il peut aussi vouloir modifier les idées de A et lui opposer une contre- argumentation, mais il peut croire qu'il a perçu le message de A au sens où celui-ci l'entendait, alors qu'il l'a en réalité déformé : aussi sa réponse est-elle différente de celle attendue.

- Dans cette éventualité, la déformation peut être due : au message qui n'a pas été suffisamment explicite pour être mis à la portée de A ; à la personnalité de A et de Z qui n'ont fait qu'échanger des attitudes, parfaitement courtoises ou incorrectes, sans qu'il y ait eu véritable communication.

- Le niveau du message, son style aussi ont été inappropriés.

Tels sont les différents aspects de base que présente toute communication, et les diverses raisons des "manques" de communication.

De l'action psychologique

Lorsque deux personnes sont en présence, c'est toujours plus ou moins en fonction d'un objectif ; former (maître-élève), commander (chef-subordonné), moraliser (prêtre-public), distraire (acteur-spectateur), obtenir des suffrages (politicien- électeurs), ou encore soigner (médecin-client), défendre (avocat-plaignant), commercer (acheteur-vendeur), négocier (possesseur-demandeur), voire défouler (confesseur-pénitent) et aussi conseiller, entraîner, poursuivre, etc. Dans ces conditions, le but général est d'obtenir une modification. On se trouve dès lors en présence d'une figuration non plus simplement linéaire, mais tripolaire : comportant le pôle de A. celui de Z et un troisième pôle O constitué par l'objectif même, le problème en suspens ; le tout avec comme enveloppe

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générale la conjoncture et donc l'intérêt du moment. C'est à dessein que dans la figure ci-dessous, chacun des pôles est présenté en double : Aj A2 ; Z( Z2 ; O, O2 : la raison en est qu'au cours de toute communication les positions de chacun et la conception même de la situation changent ; c'est bien, en effet, le but de toute conversation que de modifier nos opinions, nos attitudes négatives d'inacceptation en les transformant en opinions, en attitudes positives d'acceptation.

On conçoit ainsi que dans certaines communications se posent des problèmes d'"action psychologique" et donc de stratégie et de tactique. Autrement dit, étant donné telle intention de ma part et tel individu déterminé, comment étant donné moi, A, avec la formule de stimuli dont je dispose et Z avec les composantes spécifiques de sa personnalité, comment dois-je procéder pour parvenir à mes fins ? En présence de mes intentions, Z dispose de quatre "attitudes-solutions" ; trois négatives : l'indifférence, le refus simple, l'opposition ou refus actif ; et une positive : l'acceptation. Tout l'art consiste alors, si Z est en attitude négative, à le faire passer au stade d'attitude positive : autrement dit, il s'agit de le persuader. La persuasion exige que l'on fasse intervenir, à côté du stimulus répondant à l'objectif recherché, des moyens destinés à rendre l'interlocuteur perméable ou à vaincre son état d'opposition ; ces moyens sont principalement:

La sympathie, qui fait que l'on se plaît réciproquement parce qu'on se trouve bien ensemble, qu'on aime à se retrouver, qu'on est en état de résonance profonde du fait d'une identité de nombre de points de vue et peut-être d'un équipement génétique voisin - comme si ont était des jumeaux identiques —, qu'on est finalement attiré l'un vers l'autre. Il faut de toute manière savoir créer un courant affectif favorable tant par la présentation, l'attitude, les paroles, sans oublier les actions : ce sont elles qui signent, en effet, les véritables amis.

Le conditionnement, qui a pour but la mise en condition de l'autre en mettant en œuvre des techniques inspirées des découvertes de Pavlov sur les réflexes conditionnés, c'est-à-dire en cherchant à créer, au niveau instinctif, des processus d'activation ou inversement d'inhibition par l'intermédiaire de toute une gamme de "signaux" appropriés, remplaçant ou augmentant l'action des signaux naturels. Tchakhotine, dans son ouvrage sur "le Viol des foules", a bien montré l'usage que l'on pouvait faire de ce conditionnement en matière de propagande, de formation de l'opinion, de

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maniement des groupes humains. Les instincts les plus sensibles, d'après cet auteur, sont ceux de la sexualité, de la maternité (les enfants et tous les faibles), de la nutrition et de la lutte. Tout discours pour être efficace doit donc s'appuyer sur les frustrations éventuellement subies dans les trois premiers instincts (sexualité, maternité, nutrition) et faire vibrer celui de la lutte.

Dans les relations moi-1'autre, M. Jourdain, sans le savoir, utilisait les techniques du conditionnement ; à l'action favorable est associée une récompense (la prune, la bourse d'écus, la décoration, la considération), tandis que l'action défavorable est suivie d'une punition (le fouet, le non-paiement, la prison, le déshonneur), ou encore, ici, la perspective du paradis ou celle de l'enfer ; soit le conditionnement par des "signaux" divers ; d'où, par voie de conséquence, l'intérêt à se conduire "bien". Le dressage des animaux — sucre et fouet - ne procède pas autrement ; de même l'éducation de nos enfants, dans sa forme élémentaire de dressage tout au moins.

L'appel à la raison et aux bonnes raisons. Le maniement de l'individu ne s'effectue plus ici par voie d'action extérieure, mais en faisant intervenir la personnalité consciente ; on s'adresse à la réflexion, en présentant au sujet toutes les "bonnes raisons" susceptibles de l'inciter à se conduire de façon "raisonnable" dans une optique par conséquent moralisatrice, le "bien" étant ce que l'on attend de lui.

On connaît ces excellentes raisons : on nous a "élevés" avec elles, quand nos notes de classe étaient médiocres ou quand la puberté nous travaillait. Les touches du clavier sont les suivantes :

Au niveau utilitaire :

- l'autorité : la menace de sanctions (punitions diverses, renvoi) ;

— l'intérêt immédiat : les récompenses envisagées — les jouets, les vacances, le fixe hebdomadaire pour l'enfant ; l'augmentation de salaire, des avantages divers, la promotion pour l'adulte ;

— l'intérêt médiat : la satisfaction des aspirations, celle de l'ambition, notamment.

Au niveau des sentiments :

Le procédé est le "chantage aux sentiments" sous toutes ses formes :

— procédant de rémetteur, le clavier comporte la touche gratitude (rappel des services rendus), la touche séduction (l'amitié qui est spécialement portée), la touche affliction (la peine personnelle ressentie) ;

- visant la famille : c'est le rappel du père ou de la mère et l'évocation aussi du dommage que vont subir les siens, l'exemple à donner aux enfants ;

- concernant soi-même, les cordes sensibles deviennent

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l'amour-propre (la honte qui va être ressentie), la fierté (l'opinion d'autrui), la mauvaise conscience (le remords, avec son cortège de troubles).

Au niveau de l'éthique :

Les arguments sont ceux émanant de ce que Ton appelle le devoir, terme abstrait que l'on concrétise en parlant de la noblesse du travail, de la solidarité, de l'intérêt national, voire (jadis tout au moins) de Dieu ; on se souvient de la phrase héroïque : "Debout, les morts!"

11 va sans dire que l'interlocuteur pourra répondre qu'il a déjà pensé à tout cela et qu'on ne lui apprend rien de plus. Si bien qu'ici, également, la manière porte parfois plus que la forme. Le ton, la sympathie témoignée, la compréhension manifestée ont plus de force que les meilleures paroles. Est-ce à dire qu'il faille être comédien ? Sans doute un peu ; mais le récepteur se tient sur ses gardes et, le plus souvent, il n'est pas dupe ; s'il est "tout de même" sensible à la gentillesse portée, il sera plus facilement convaincu quand il sent la sincérité, la "transparence", et qu'on pourrait l'aimer.

Les techniques d'inspiration psychanalytique. L'objectif en est de "décomplexer" les individus de façon à les libérer des fixations, inacceptations et conflits remontant à l'enfance, des terreurs, phobies et ressentiments contractés, ainsi que des solutions névrotiques qui compromettent l'adaptation au groupe et l'accomplissement personnel. Il ne saurait évidemment être question, dans les relations de travail, d'utiliser les méthodes de défoulement utilisées dans les cures psychanalytiques, mais de s'inspirer des conceptions d'analyse psychologique des conduites pour mieux comprendre les difficultés de nos interlocuteurs et diminuer les risques de distorsion dans les communications — quitte à faire intervenir, le cas échéant, des techniques dérivées, celle du role-playing notamment ("vous allez vous mettre à ma place et je vais me mettre à la vôtre").

Mais une des techniques peut aussi être de recomplexer autrui en faisant surgir chez lui des doutes quant aux valeurs qu'il faisait siennes, de façon à diminuer sa confiance en soi. La technique consiste essentiellement à substituer à la bonne conscience qui nous donnait joie de vivre, tout un climat de mauvaise conscience nous apportant honte de vivre ; ceci en nous ôtant toutes nos illusions sur nous, sur la façon dont nous exerçons notre profession, sur nos conceptions de l'existence, en nous en montrant électivement le mauvais côté (sans en mentionner le bon), en faisant appel à nos sentiments humanitaires, à notre esprit de justice, voire au sens de l'Histoire, autrement dit en nous "culpabilisant", ce qui n'est pas tellement malaisé, puisque rien n'est absolu ici-bas, que nous avons été dans l'ensemble bercés dans la crainte de la mauvaise action et élevés à préférer l'idéal au pragmatisme. Certes, il ne peut qu'être sain de détruire le pharisaisme et de nous inviter à davantage de publicanisme, mais le risque est

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fcmasculation, aussi rien d'étonnant que les propagandes à optique génocide en fassent large usage.

Ces différentes techniques, celles procédant du conditionnement pavlovien notamment, ont quelque chose de simpliste ; elles n'agissent d'ailleurs que si elles sont susceptibles d'entrer en résonance avec les tendances profondes des individus, de répondre à ce qu'ils attendent; d'être conformes à leurs instincts, leurs croyances, leurs besoins profonds. Le chien de Pavlov ne se laisse conditionner que s'il a faim.

Mais il existe, heureusement ou malheureusement, des moyens beaucoup plus subtils, relevant de ce que l'on peut appeler X astuce. Ils reposent sur une connaissance profonde de l'homme et tiennent à la fois du jeu de poker, du jeu de dames et du jeu d'échecs : ils consistent, sachant que toute action entraîne une réaction, à prévoir quelle sera celle-ci à court terme et surtout à long terme, et à agir selon une stratégie et une tactique appropriées.

Effectivement :

— à long terme, il peut arriver que l'effet soit exactement le contraire de celui escompté ; on en a la preuve tous les jours avec certaines législations bonnes dans leurs intentions immédiates et devenant néfastes par la suite.

— l'homme a besoin de contredire, de contrefaire ; il faut donc savoir plaider le contre pour obtenir le pour ; il est exigences continues : si l'on donne le petit doigt, il tire tout le bras ; il est lâche : si l'on menace, il se retire et, si l'on a peur, il attaque ; il est routinier, aussi quelque violence est parfois nécessaire ; il se lasse rapidement, il n'y a donc qu'à attendre l'effet de l'usure ; il est frondeur et cherchera toujours à tourner la loi à son avantage ; il exploite tout ce que nous avons dit : il convient donc de ne pas être trop clair pour disposer d'issues et ne pas abattre son jeu tout de suite. Autrement dit, s'il est de l'homme de disposer de mobiles élevés, il est aussi dans sa nature des mobiles qui ne relèvent que de sa capacité de malice, qui est fort grande.

Tous ces aspects de la nature humaine si importants à connaître n'ont guère fait l'objet jusqu'à ce jour que d'études littéraires. Les noms seront vite cités : Esope; à un autre point de vue : Machiavel et surtout ce bon La Fontaine. Dans une perspective de langage des communications, le schéma général de ses Fables correspond, en effet, au tableau ci-dessous

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II serait du plus haut intérêt de classer toutes ces maximes, ces proverbes, ces pensées qui constituent la sagesse des peuples et de voir quelles lois générales on pourrait en tirer.

La meilleure ligne de conduite est bien de considérer l'homme tel qu'il est et non tel qu'on voudrait qu'il fût ; en tout individu, qu'on le veuille ou non, existe un certain nombre de tendances plus ou moins nocives quant à leurs conséquences.

Cette façon de voir ne répond qu'au plan mécaniciste de l'être, celui de l'œil pour œil, dent pour dent. Mais il est en l'homme un autre plan qui fait sa grandeur quand il veut bien s'y situer, où les réactions peuvent être réglées non plus par la loi du similaire (le talion), mais par celle du contraire (rendre le bien pour le mal) ; aussi peut-on considérer que le meilleur calcul est encore celui de la loyauté, et la meilleure attitude celle de l'amitié sincère, tout en restant dans un climat de prudence raisonnée, sinon il n'y a que naïveté dangereuse.

Du simple besoin de se communiquer

Nous n'avons guère envisagé jusqu'à maintenant que le problème des communications intentionnelles répondant à un objectif précis. Mais communiquer peut aussi n'avoir d'autre but que de se communiquer, pour se raconter à autrui, écouter celui-ci en tant que confident favorable, se mettre à l'unisson avec lui de façon à ne plus être seul ; la communication devient désir de communion et même recherche d'une union "moi- fa ut rc'' .

Il y a alors plus que dans la conveisation ordinaire : il y a dialogue ; le dialogue est une situation dans laquelle deux personnes expriment l'une pour l'autre ce qu'elles ont envie ou besoin d'exprimer au moment où elles en ont envie ou besoin, et que l'une et l'autre peuvent et veulent bien comprendre leur message réciproque. (V. Jacobson.)

Semblable dialogue constitue une situation égalitaire où chacun doit se situer vis-à-vis de l'autre avec la même volonté de rencontre et la même acceptation d'être. Il nécessite, dans la relation, implication du dialogue même avec l'autre, et non une implication au niveau des thèmes que véhicule la communication, comme c'est le cas dans les communications intentionnelles.

Dans le dialogue, l'autre n'est pas seulement un récepteur mais un écouteur, et l'émetteur est essentiellement un être désireux de se projeter, pour ne pas dire un patient ou un client qui a besoin ici, non de persuader, mais d'être compris et aimé. Une

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autre particularité de ce dialogue est de fournir à chaque personne en cause un contrôle de retour de ce qui a été dit ; "par la façon de répondre d'une personne, on est renseigné sur la manière dont elle a perçu ce qu'on vient de dire". (V. Jacobson.)

Le fait fondamental est bien qu'aucun être ne peut vivre seul : la solitude pèse et empêche de s'accomplir instinctivement, affectivement, intellectuellement ; parfois aussi elle détruit.

Dans sa forme la plus simple, le besoin de communiquer n'a d'autre fin que de parler de n'importe quoi, pour ne rien dire d'intéressant ; de parler pour parler, comme le font les- commères chez l'épicier en attendant leur tour.

A un degré plus élevé, le but de la communication est de chercher réconfort et espérance ; la vie est hérissée d'obstacles ; on peut avoir besoin d'un avis éclairé ou d'un encouragement, et l'on consulte alors un homme de l'art : expert, médecin, prêtre et,parfois aussi, même chez les esprits les plus positifs, la tireuse de cartes, la chiromancienne, le penduliste.

A un niveau encore plus élevé, c'est l'angoisse de la solitude ; tout se passe comme si chaque être était incomplet, réduit à une "moitié" et qu'il lui faille, coûte que coûte, combler cette sorte de vide par "quelque chose", que cette chose soit un objet de prédilection, un être simplement ami étant entendu que la recherche essentielle c'est l'Autre, le compagnon, celui avec lequel on ne fait véritablement qu'UN par le corps, par les sentiments, librement, sans aucune contrainte, comme si l'Autre était soi. Cette forme de communication, secret désir de chacun, indique l'existence d'un Autre identique à soi tout en étant complémentaire, un autre soi mais de signe opposé pour les hétérosexuels.

C'est faute de cet Autre que l'on communique avec soi sous la forme d'un dialogue non plus extérieur mais intérieur. Ce dialogue intérieur est donc un dialogue imaginaire, se produisant de ce fait sans le contrôle de retour par l'Autre, de ce qui est dit et sans toutes les contraintes de toutes les diverses catégories de la pensée de veille, catégorie de temps, d'espace, de causalité, de moralité, etc.

Selon la nature de l'interlocuteur intérieur, plusieurs types de dialogue peuvent se rencontrer .

Tantôt c'est entre un Moi 1 et un Moi 2, l'un issu des pulsions et figurant les désirs, l'autre émanant de la conscience et constituant le conseiller; on peut dire que les êtres sont équilibrés, en paix, lorsque la paix règne entre ces deux antagonismes et, inversement, en état de tourment lorsqu'ils sont en désaccord.

Tantôt, c'est entre moi et un Autre que l'on évoque qui constitue une présence dans le champ mental social et avec lequel on s'échange, affectivement d'ailleurs plus qu'intellectuellement.

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Tantôt, c'est entre moi et un objet que l'on identifie à un être et avec lequel on converse, en procédant soi-même aux questions ou aux réponses qu'on lui impute.

Tantôt enfin, pour les croyants, c'est entre moi et les puissances cosmiques ou l'Etre suprême, sous la forme de la prière pour s'élever, plus souvent de l'appel à l'aide dans des situations difficiles,et parfois seulement à titre de remerciement pour la grâce octroyée.

Ce besoin de communiquer est l'un des plus importants qui soient ; sa frustration est source de malaise, d'angoisse, de névrose et peut conduire à des troubles divers du comportement. Heureux ceux qui "s'entendent" : l'équilibre, la santé et même la réussite sociale, voire professionnelle, leur appartiennent ; d'ailleurs, qu'est-ce que le bonheur ? Peut-être 'n'est-ce»pas autre chose que de ne pas se sentir seul.

Des conditions générales de communications réelles

Pour que l'"écoute" entre deux interlocuteurs soit valable, plusieurs dispositions personnelles sont nécessaires. Citons plus spécialement :

— Tout d'abord, l'art de se taire, puisqu'il faut écouter et non se projeter, s'ouvrir pour comprendre, se laisser pénétrer par l'Autre dans une attitude d'empathie.

— La bienveillance, qui repose sur une attitude systématiquement favorable à l'égard d'autrui, en cherchant son bon côté (il y a toujours des éléments positifs chez chacun), en le faisant bénéficier du préjugé favorable.

— Le refus de juger ; l'attitude de jugement est, en effet, un obstacle à une communication réelle : si l'on juge favorablement, l'interlocuteur se sent encouragé à maintenir ses tendances ; si l'on juge défavorablement, ce même interlocuteur fera en sorte de ne pas manifester plus longtemps ce qui paraît déplaire à celui qui l'écoute. Accepter l'Autre, c'est aussi faire taire en soi son propre système de valeurs. Dans ces conditions, il n'y a pas d'autre solution que de substituer à l'attitude de jugement la simple attitude d'analyse.

— La "distanciation", sorte de recul que l'on prend vis-à-vis de soi : elle permet de se situer au-dessus du plan des réflexes ordinaires et, ainsi, d'éviter l'identification excessive à l'Autre et la participation non moins excessive à ses propres problèmes.

— L'"implication" : elle est faite d'un état de participation personnelle réelle, engageant le moi profond, cependant que la distanciation peut permettre d'éviter cet excès d'engagement qui empêcherait la lucidité nécessaire pour apporter l'aide efficace.

— La transparence : point de communication efficace et de possibilité de sympathie, sans qu'il y ait pureté des intentions, transparence et quelque abnégation, c'est-à-dire sans être "direct", en excluant tout calcul interposé. Dès que l'Autre

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sent ce calcul, au lieu de s'ouvrir il se ferme et, au comportement de sympathie, se substituent des comportements de ruse ; ce qui n'élimine pas pour autant une attitude personnelle de réserve et de prudence, sinon on se livre poings et pieds liés à l'Autre. Il ne peut y avoir transparence si celle-ci n'est pas réciproque, mais encore faut-il tenter le plus souvent le premier pas, faire bénéficier autrui d'un préjugé favorable, quitte à lui supprimer ce bénéfice si la suite des relations montre qu'il n'en était pas digne.

- Etre "libéré" : chez chacun, un certain passé subsiste toujours dans le présent ; comme l'écrit très justement Mme E. Amado Lévy-Valensi (2):"Si fixé à temps T le sujet projette son passé sur un temps T1, il est toujours en porte-à-faux sur le présent et substitue aux réalités actuelles le fantasme du passé" : d'où, devant l'Autre, toutes ces attitudes émotionnelles et de repliement, toutes ces conduites paranoïaques, hystériques, de jactance, etc., qui faussent les communications. C'est le mérite des techniques de dynamique de groupe de nous en libérer. Il ne suffit pas de vouloir communiquer pour le pouvoir il faut avoir supprimé tous les blocages qui peuvent exister en nous, qui nous rendent sourds ou muets, sont en nous la cause de la "distorsion" des messages et nous empêchent d'être authentiquement nous-même devant l'Autre.

Mais il est plus aisé de savoir, d'expliquer, que d'être libéré de ses fantasmes et de faire. On peut connaître la psychanalyse et demeurer complexé ; on peut enseigner de façon éminente la psychologie et cependant se conduire comme un butor lorsqu'on est particulièrement impliqué. Sans doute, faute des défoulements libérateurs, des prises de conscience et du "travail sur soi" sont nécessaires.

Ce n'est qu'à diverses conditions que se développe P'empathie" qui est capacité de sentir autrui en éprouvant ses sentiments, qui permet d'agir avec tact,et fait que l'Autre, par voie de "récipathie". peut changer sa manière de voir.

"Point être trop naïf, cependant, ne chaut ni ne faut", vu la nature des hommes ou tout au moins celle de certains hommes, si Ton veut pour soi et la collectivité des jours meilleurs et des lendemains qui chantent.

S'il n'y avait que des choses, tout serait si simple ; mais il y a hélas ! et heureusement aussi, des personnes ; savoir communiquer, parmi tous les arts de vivre, est bien le plus grand.

P.-R. Bize

2

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Notes

1.

I. Un certain nombre des pages qui suivent sont empruntées aux ouvrages suivants :

P.-R. Bize, P. Goguclin, A. Carpentier : le Penser efficace. Centre de Documentation universitaire - 5, place de la Sorbonne - Paris.

P.-R. Bize et P. Goguclin : l'Equilibre du corps et de la pensée. C.E.P.L., Dcnoël,

Numéro du Travail Social consacré aux "Communications " - 3, rue de Stockholm - Paris.

2.

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